COALIA – Lori Leblond, Pascal Vuillaume, Katline Guay
Partenaires de recherche – Université d’Ottawa (Reza Foruzan), Conseil cri de la prospection minière (Youcef Larbi), Skyrenu Technologies (Marc-Antoine Lacroix), Complexe de valorisation énergétique de Québec (CVE), par l’entremise du Service de la gestion des matières résiduelles de la Ville de Québec (Éric Girard).
Partenaire financier : ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie(MEIE) via la Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation (SQRI2) 2022-2027.
Années de réalisation : 2025-2027 (18 mois)
Mots-clés : Géopolymères – Matériaux avancés – Fabrication additive – décarbonation – Économie circulaire – Construction durable – Transition énergétique.
Au nord du 49ᵉ parallèle, là où le froid façonne les paysages et les modes de vie, la communauté crie de Wemindji s’apprête à relever un défi d’envergure : bâtir des habitations durables, locales et bas carbone. Aujourd’hui, les maisons, souvent issues de modèles standard du Sud, peinent à résister au climat subarctique. Le transport est coûteux, les émissions de CO₂ élevées, et la dépendance aux combustibles fossiles persiste. Pourtant, tout autour, le territoire recèle de ressources insoupçonnées : des résidus industriels et miniers — cendres volantes et de grilles, stériles, scories et biochar — qui attendent d’être revalorisés. Et si l’avenir de l’habitat nordique venait non pas de matériaux importés du Sud, mais des ressources déjà présentes sur le territoire ?
C’est la vision que porte COALIA à travers son projet « Géopolymères nordiques pour une économie circulaire décarbonée ». Soutenu par un financement de 125 000 $ dans le cadre du Grand Défi de la décarbonation du Québec, coordonné par Synchronex et appuyé par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) et le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), le projet s’inscrit dans une démarche collective visant à accélérer la transition énergétique au nord du 49ᵉ parallèle.
Une idée simple, un impact potentiel immense
L’équipe de chercheurs propose de fabriquer des géopolymères à partir de ces résidus régionaux : un liant écologique qui pourrait remplacer le ciment Portland, responsable de 7 à 8 % des émissions mondiales de CO₂.
Mieux encore, ces matériaux seront fonctionnalisés pour capter activement le carbone. Autrement dit, chaque mur ou structure pourrait devenir un puits de CO₂ durable.
Et grâce à la fabrication additive (impression 3D), la construction dans le Nord pourrait connaître une révolution :
→ moins de matériaux,
→ moins de transport,
→ plus de rapidité et d’efficacité énergétique.
Une collaboration humaine et scientifique exemplaire
Pour concrétiser cette vision, une collaboration unique se met en place :
→ COALIA met à profit son expertise en matériaux avancés et en chimie des géopolymères ;
→ Skyrenu Technologies testera la capacité des matériaux à capturer le CO₂ dans des conditions réelles ;
→ la Ville de Québec, via son Complexe de valorisation énergétique (CVE), fournira les cendres volantes et de grilles pour les premiers essais dans une démarche axée sur le développement durable ;
→ l’Université d’Ottawa accompagnera le développement scientifique, notamment pour l’impression 3D ;
→ et surtout, la communauté crie de Wemindji accueillera le projet sur son territoire, contribuant à la collecte d’échantillons et à la validation des solutions selon ses besoins et ses savoirs locaux.
Ce partenariat n’est pas qu’une démarche technique — c’est une rencontre de compétences, de cultures et de visions.

Un modèle d’économie circulaire nordique
Le projet s’inscrit dans la création d’un écosystème énergétique régional nordique (EERN).
L’idée : refermer la boucle énergétique en valorisant les déchets locaux, en réduisant les importations et en limitant les émissions à chaque étape du cycle de vie des matériaux.
Les géopolymères produits pourront être couplés à des sources d’énergie renouvelable locales, comme des micro-réseaux solaires ou hydrauliques, favorisant une autonomie énergétique régionale.
Cette approche pourrait devenir un modèle de développement circulaire nordique, fondé sur la résilience, l’innovation et le respect des savoirs autochtones.
Une promesse pour le futur
Le projet n’en est encore qu’à ses débuts, mais son potentiel est immense.
Dans les 18 prochains mois, l’équipe analysera les résidus, mettra au point les formulations, testera la capture du CO₂ et validera la faisabilité de l’impression 3D en conditions nordiques. À terme, cette recherche pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’habitations durables, imprimées sur place, à partir de ressources locales, et capables de respirer le carbone plutôt que de l’émettre.
